- Complicités féminines -

Entre érotisme ambigu et voyeurisme absolu, instantané cru et esthétisation fétichiste: une anthologie de la représentation féminine, en couple ou en groupe

10-01-2006

La femme caillou

st_phane_diremszian11Son dos rond, enroulé vers le ciel, elle ne respire plus que l'odeur de la terre. Cicatrices en zigzag de ses blessures chimériques.

Sous ses ongles transpirent encore des arabesques de cendre.
Elle restera là, le temps des saisons.
Elle nourrira de passions des insectes légers, qui, de départs en arrêts précipités, poseront leurs pattes sur son marbre poli.
La surface de ses genoux écrase à peine le souffle des vents. Ils frémissent sans jamais la contrarier.
De la seconde à l'heure entière, n'existe t-il pas les minutes qui s'étirent ?
Son front fait berceau à la mousse, la paume de ses mains inscrit tous les détails.
Fatiguée, elle dort dans ce qu'elle souhaite être l'éternité.
Apaisée, la terre en son sein, la nourrit et la berce.
Ne pas la ramasser pour en border ses plates-bandes, elle ne veut pas faire "joli" dans leurs jardins secret.
Ne pas la retourner pour déchirer son ventre, il porte la puissance infinie.
Ne pas la déplier pour la faire grandir plus vite, le rythme des saisons la fait juste changer de couleur.
Ne pas la sculpter à coups de burin, les éclats parsemés seraient des épées redoutables.
La femme caillou a bien compris tous ces dangers.
Elle restera là le temps qu'il faudra aux hommes pour comprendre.

Dia

(poème publié avec la permission de l'auteur. Tous droits réservés/Copyright).
(Photographie : Stéphane Diremszian.)

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08-01-2006

Litanies féminines

klimt015

LITANIES FÉMININES

O Dame souveraine, O Vierge entre les vierges,
Pudique aux bras croisés chastement sur les seins,
Triomphante aux cheveux glorieusement ceints
Vers qui montent l'encens et le frisson des cierges !

Puisque tant, les doigts joints et les genoux ployants,
Viennent pleurer leur mal aux plis de votre robe,
Moi je ne serai pas qui raille et se dérobe,
Je lèverai vers vous mes regards incroyants,

Afin de vous prier, ô refuge des âmes,
O source ! aube ! vesprée et mystère des nuits,
- Pour que Dieu veille mieux le sexe dont je suis -
D'avoir des oraisons spéciales aux femmes.

O Dame !regardez tout ce monde si cher,
Cette féminité dont vous fîtes partie
Et voyez son enfance honteuse et pervertie
Déjà frôlée aux sens et pêchant en sa chair ;

O Dame ! regardez la prime adolescence,
Les vierges aux pensers troubles, aux cils menteurs,
Chastement abaissés sur de fausses pudeurs,
Et qui savent déjà la presque jouissance ;

O Dame ! regardez celle qui tournent mal
Les épouses en qui la chair ne peut se taire,
Qui trahissent sans honte et pour qui l'adultère
Finit par n'être plus qu'un passe-temps normal ;

O Dame ! regardez ces reines captieuses
Qui dans leurs manteaux d'or emportent les raisons,
Les courtisanes dont absorbent les poisons
Tous ceux qu'ont prix aux nerfs leurs lèvres vicieuses ;

O Dame ! regardez au fond des lupanars
Ces rebuts de pavé dites filles de joie
Marchandant au passant que le hasard envoie
Leur peau triste et fanée où luisent tous les fards ;

O Dame ! regardez enfin ces raffinées,
Celles qui vont fuyant les baisers masculins
Pour entre elles unir par des gestes câlins,
Leurs féminines chairs de l'homme détournées...

Regardez ! Et qu'un peu de votre chasteté
Tombe de front étoilé de couronnes
Sur ce monde d'enfants, de femmes, de matrones
Qui vivent dans le mal et l'impureté !

O Dame souveraine, O Vierge entre les vierges,
Pudique aux bras croisés chastement sur les seins,
Triomphante aux cheveux glorieusement ceints
Vers qui montent l'encens et le frisson des cierges !

Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945), Occident, poèmes, Éd. de la Revue Blanche, 1901, p. 96.

Posté par mariontania à 12:52 PM - Poèmes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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